Une inquiétante défiance vis-à-vis du politique
Les indicateurs sont nombreux qui montrent la désaffection croissante des Français pour la chose politique. Chaque année, le Cevipof [1] publie un baromètre de la confiance politique[2]. Dans sa livraison de décembre 2013, il publie des données très significatives.
Pourtant, à la question « Est-ce que vous vous intéressez à la politique ? », une nette majorité répond « beaucoup » ou « assez ». Même si la courbe des « peu » et « pas du tout » semble remonter depuis deux ans, elle demeure en dessous des 50%.
La situation serait-elle moins dramatique qu’il n’y paraît ? D’autres chiffres confirment la défiance.
Exemple : le jugement que portent les Français sur la démocratie. Il est des plus sévères. Hormis un rebond mesuré en décembre 2012, la défiance est croissante depuis 2009, et, désormais, très majoritaire (tableau page suivante) : plus de 2 Français sur 3 considèrent en effet que la démocratie « ne fonctionne pas très bien » ou « pas bien du tout » !
Principaux acteurs de la vie démocratique, les partis politiques sont les victimes de ce mécontentement. Depuis 4 ans, le CEVIPOF observe qu’entre 52% et 60% des Français ne font confiance ni à la Droite ni à la Gauche pour gouverner le pays, la Droite oscillant entre 21% et 24% et la Gauche entre 15% et 27%.
De cette défiance globale découle une abstention qui n’a de cesse de croitre, toutes élections confondues. Plus que préoccupant, ce phénomène est une menace pour la démocratie.
Entre 1979 et 2012, l’abstention aux élections européennes, régionales, municipales, législatives et cantonales augmente de façon quasi permanente. La Présidentielle, l’élection la plus médiatisée et la plus symbolique, présente quant à elle un mouvement plus atypique, avec deux « anomalies » dans un contexte général de hausse légère : une forte abstention au 1er tour de l’élection de 2002 (où les jeux semblaient faits, avec un duel Chirac-Jospin annoncé… trop imprudemment), et une forte participation au 1er tour de l’élection de 2007, alimentée par la présence de duo Sarkozy/Royal, deux candidats « neufs », « clivants », et de rupture.
Un focus sur les élections législatives, les plus anciennes dans notre système démocratique, montre l’ampleur et la contemporanéité de la désaffection. Mise à part les législatives de novembre 1962 – De Gaulle dissout l’Assemblée et l’élection du Président de la République se fait désormais au suffrage universel - la participation est stable de 1924 à 1978. La baisse est, depuis, très régulière.
[1] Le CEVIPOF est le centre de recherches politiques de Sciences Po, adossé au CNRS
[2] http://www.cevipof.com/fr/le-barometre-de-la-confiance-politique-du-cevipof/