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Il y a un an, la genèse de La Compagnie Riquet

Publié le par La Compagnie Riquet

« J’ai le dessein d’un Cannal qui pouvroit se fere dans cette province de Languedoc pour la communiquation des deux mers Océane et Méditerranée. » [1] Ce sont les premiers mots de la lettre que Pierre-Paul Riquet écrit à Colbert, le 15 novembre 1662, sur les recommandations de Charles François d’Anglure de Bourlemont, archevêque de Toulouse.

Riquet a alors 53 ans un âge auquel une majorité de ses contemporains meurt. Pour lui, en revanche, c’est le début d’une nouvelle vie, qui le fera rentrer dans l’histoire. Visionnaire et iconoclaste, méfiant vis-à-vis du pouvoir central, Riquet fait confiance à ses intuitions et à son courage. A peine dix-huit ans plus tard, le Canal du Midi deviendra navigable.

L’audace en héritage

Après lui, d’autres Toulousains creusent à leur tour le sillon de l’audace et de la transgression : Lapeyrouse, Clément Ader, Pierre-Georges Latécoère, Didier Daurat, François Verdier ou Louis Lareng, pour ne citer que les plus emblématiques.

Quand, début 2013, loin des partis et des institutions établies, un groupe de citoyens toulousains décide de fonder un think tank pour aborder différemment les enjeux de politique locale, c’est de cette tradition qu’ils s’inspirent. Avec modestie, et conscience que la tâche est immense.

La désillusion politique

Depuis de nombreuses années en France, la désaffection pour la politique va croissant, assortie de défiance vis-à-vis des décideurs publics. Forts de ce constat, de nombreux citoyens se mobilisent pour favoriser le dialogue, redonner le goût de la chose publique, contester le monopole des élus sur les décisions du quotidien et « ré-enchanter » la politique.

Cette mobilisation se matérialise par l’émergence de clubs ou de courants au sein des partis dits « classiques », par la création de mouvements politiques alternatifs ou via l’engagement associatif de terrain. Mais il existe aussi une autre voie, en dehors des appareils et des partis, qui consiste à s’engager dans la réflexion politique, sans velléité de prise de pouvoir, ce qui libère la parole et offre la possibilité de propositions résolument ouvertes.

La Compagnie Riquet

Partageant une même inquiétude quant à la vie citoyenne, un groupe de Toulousains, actifs ou retraités, engagés dans la ville via des actions bénévoles ou professionnelles, se rassemble autour d’un projet commun. Ensemble, ils fondent la Compagnie Riquet et décident de tenter une expérience originale.

Créée en janvier 2013, la Compagnie Riquet est un think tank — laboratoire d’idées —, centre d’études et de recherche indépendant, dont l’objectif est de contribuer à « faire société » et de participer au débat public. À travers le territoire de la métropole toulousaine, considérée comme la collectivité de référence de l’avenir, ses domaines d’étude sont, entre autres : politique de la ville, développement économique, enjeux socioculturels et enjeux environnementaux.


Pallier le manque

Dans la Ville rose, les lieux de production et de partage d’idées sont peu nombreux et souvent « encadrés » par des organisations politiques ou socioculturelles qui y balisent le débat. Par ailleurs, les multiples « réseaux » toulousains, autocentrés, ne produisent que marginalement du contenu exploitable par des tiers. Enfin, le « fait local » n’est pas traité par les think tanks nationaux.

Si d’autres métropoles sont dotées de telles structures — Institut des Deux-Rives à Bordeaux, Comenius à Lyon, Institut Kervegan à Nantes — les fondateurs de la compagnie pensent qu’un laboratoire de réflexion manque à Toulouse.

La diversité comme richesse

Dans sa constitution et son fonctionnement, la Compagnie Riquet s’est fixé pour objectifs :

  • la parité parmi ses membres (80 % d’hommes dans la plupart des think tanks observés) ;
  • donner leur place aux jeunes acteurs de la ville (là où les animateurs des autres think tanks se situent majoritairement entre 50 et 60 ans) ;
  • s’ouvrir à des profils divers (dirigeants ou décideurs, mais aussi artistes, artisans, employés...) ;
  • valoriser les diplômés de l’école de la vie comme les autres.

Des objectifs qui, après une première année d’existence, sont à renforcer.

En matière politique, sociale ou religieuse, la diversité des convictions des membres de la Compagnie est source d’enrichissement mutuel. La Compagnie Riquet n’est pas une structure apolitique, au contraire. Sa démarche est « politique », au sens athénien du terme, mais loin des clivages que les partis politiques ont tendance, par opportunisme, à exagérer quand il s’agit d’action locale.

Cependant, la Compagnie ne cherche pas à faire la leçon : sa démarche n’est ni populiste ni opportuniste. Ses membres respectent les élus, saluent leur importance dans le processus démocratique et républicain, et se félicitent de l’engagement de ces femmes et hommes politiques en faveur de l’action publique. En revanche, les membres de la Compagnie pensent que leur initiative, comme celles qui s’ensuivront, favorisent un débat vivant et ouvert, qui peut stimuler les citoyens démobilisés et les conduire à nouveau vers les listes électorales, les urnes et les assemblées.

[1] Cité par Mireille Oblin-Brière dans « Riquet, portrait intime », Ed. Privat, 2013

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