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Le Bio-mimétisme au service de l’aménagement urbain

Publié le par La Compagnie Riquet

La ville de la fin du XXème siècle est une structure vivante qui s’organise essentiellement autour de zones dédiées et spécialisées : des zones réservées à l’enseignement supérieur et à la recherche (campus universitaires, ex : Campus de Rangueil), des zones réservées aux activités économiques (ZI et zones d’activité, ex : Zone de La Plaine), des zones dédiées à la consommation (centre commerciaux), des zones réservées au logement (ex : Borderouge). Ces nouvelles zones dédiées se sont développées sur des secteurs péri-urbains et/ou sur des espaces en reconversion (friches industrielles, maraîchages, etc.), aspirant vers la périphérie des activités jadis diffuses dans la ville. Les centres urbains ont ainsi perdu en diversité d’activités : y demeurent l’habitat traditionnel en phase de rénovation et donc de « gentrification » et le commerce traditionnel, qui souffre durablement de la crise économique et du développement du commerce en ligne.

Or comme l’écrit l’architecte-urbanisme David Mangin (à qui l’on doit la refonte du Quartier des Halles à Paris et la future ZAC Montaudran-Aerospace à Toulouse) dans La ville franchisée (Éditions de la Villette, Paris, 2004), il convient de « privilégier l’urbanisme de tracé plutôt que l’urbanisme de secteur, la ville passante plutôt que la juxtaposition d’environnements sécurisés, la ville métisse plutôt que la ville homogène. Autrement dit, il s’agit de penser les tracés à l’échelle territoriale, les densités en termes de densification, et l’hétérogénéité en terme d’hétérogénèse ».

La spécialisation de ces zones périurbaines génère des effets induits négatifs ou représente des problèmes réels :

  • multiplication du trafic : ces zones, souvent mal desservies en transports en commun pour cause de conception initiale défaillante, génèrent, du fait de leur spécialisation, plus de déplacements ;
  • allocation des ressources très perfectible : parkings, routes, transports en commun utilisés essentiellement aux heures dites de pointe ;
  • forte limitation des échanges humains au sein de zones conçues essentiellement sur des critères fonctionnels ;
  • enjeux de maîtrise foncière et de pilotage de projets urbains (ex : l’État est propriétaire des campus universitaires) ;
  • risque de désertification du centre-ville : les surfaces professionnelles (commerces, services et tertiaire) se substituent aux surfaces d’habitat, les familles fuient vers la périphérie pour augmenter leur « pouvoir d’achat immobilier » avec, en corollaire, les problèmes de sécurité.

L’aménagement urbain doit pouvoir s’inspirer de la nature. Comme le définit Janine Benyus, scientifique américaine spécialiste du sujet, « le biomimétisme fait appel au transfert et à l’adaptation des principes et des stratégies élaborés par les organismes vivants et les écosystèmes, afin de produire des biens et des services de manière plus durable, et, finalement, de rendre les sociétés humaines compatibles avec la biosphère. »

La nature organise ses écosystèmes sans ruptures franches et sans zonages stricts : chaque composant de la biodiversité trouve sa place aux côtés des autres et interagit avec eux. Cette organisation permet notamment d’optimiser l’espace, de favoriser les coopérations de proximité et de favoriser le recyclage. Car la nature transforme les déchets en ressources, tisse un maximum de lien de coopération, récolte l’énergie de façon optimale, optimise plutôt que maximise, économise ses ressources, ne les épuise pas, ne souille pas son nid et « achète » local.

Mixité d’activités

L’objectif de re-densifier étant difficile, le concept de la densité qualitative basée sur la mixité et la mutualisation émerge. Il n’est donc plus question de séparer les secteurs dévolus aux logements sociaux d’autres secteurs. On recherche même souvent une mixité d’usages par la réalisation de bureaux ou d’équipement publics au sein même d’un bâtiment ou îlot bâtiment...

Cette notion permet de réaliser des économies d’échelle grâce à la mutualisation des espaces (aires de stationnement journée/nuit, espaces verts...). Le regroupement de bâtiments offre une vision plus globale et donc une interprétation et une application plus favorables des règles urbanistiques, architecturales, environnementales, d’où une densification plus forte. La gouvernance liée à cette globalisation urbaine reste un des points cruciaux à valider.

Proposition 3

Mixité des activités dans l’aménagement ou la réhabilitation des zones d’activité

Habitat, professionnel tertiaire, éducation-recherche, culture-création artistique constituent 4 typologies principales : dans chacune des opérations d’aménagement qu’elle entreprend, la métropole inclut au moins 3 de ces 4 activités, comme, par exemple celle à venir du site Guillaumet (16,6 hectares dans Toulouse intra-muros).

Il convient toutefois de tenir compte des réalités actuelles du marché de l’immobilier de bureau. Les immeubles à usage mixte peuvent difficilement offrir des plateaux de plus de 500 m2, alors que plus de la moitié des demandes semblent se porter sur des surfaces de 1.000 m2 et plus. Si une entreprise peut accepter de louer 2 plateaux (pour un total de 1.000 m2), elle devra en revanche s’orienter vers une offre dédiée si ses besoins sont supérieurs : difficile en effet en termes d’urbanisme de bureau de faire accepter que 2.000 m2 doivent se répartir sur 4 niveaux.

Par ailleurs, l’effet cluster joue un rôle déterminant dans la conception actuelle de l’urbanisme tertiaire. Il se comprend aisément lorsqu’il s’agit d’entreprises souhaitant s’installer à proximité de leurs principaux donneurs d’ordre (ex : filière aéronautique dans l’ouest toulousain). Il peut se comprendre quand il s’appuie sur un environnement technologique et humain spécialisé (ex : filière TIC sur Montaudran-Labège). Il relève plus d’un certain esprit moutonnier lorsqu’il est justifié par la simple juxtaposition d’entreprises comparables (ex : secteur banque-assurance sur Balma-Gramont) sans réelles synergies entre elles.

Circuits courts et économie circulaire

Walter Stahel[1] a montré que la plupart des solutions durables sont intersectorielles et interdisciplinaires. Elles ne trouvent pas leur place dans les structures des carrières académiques ni administratives, et appellent une «nouvelle manière de penser» et de ce fait, contredisent l’approche traditionnelle de résolution des problèmes. L’économie circulaire est un modèle pour la reconstruction industrielle à laquelle nos systèmes économiques et urbains doivent répondre. La mixité des activités dans un même territoire tant industrielles qu’académiques semble un facteur nécessaire pour développer ce modèle.

Proposition 4

Développement de l’économie circulaire et des espaces verts productifs

S’inspirer d’exemples connus comme la ferme urbaine d’Anderlecht (une halle alimentaire va bientôt voir le jour, avec sur son toit, une ferme urbaine de 4 000 m2 va s’implanter, au printemps 2015) ou The Eagle Street Rooftop Farm de New York.

Couplage Education-Recherche / Economie

La Métropole toulousaine compte deux forces principales : excellence enseignement-recherche et dynamique économique. Si des initiatives ont été prises récemment dans le cadre des investissements d’avenir (IDEX, IRT, SATT) pour favoriser la valorisation de la recherche et la création d’entreprise à partir des laboratoires de recherche, les interactions restent faibles entre entreprises non-technologiques et chercheurs. Nous pensons que les politiques classiques visant à créer des structures ou des dispositifs pour favoriser ces échanges sont coûteuses et inefficaces.

Inventer une organisation qui favorisera l’écosystème d’innovation, c’est ce que décrit J.-F. Lacoste-Bourgeacq, fondateur de Qiventiv Systems, dans Les Échos, filant la métaphore biomimétique pour en identifier les quelques facteurs clés de réussite : disposer d’un terrain fertile en favorisant la mixité sociale, amender convenablement le terrain en formant autrement, bien construire le système d’irrigation de l’innovation, favoriser les symbioses entre les parties constitutives d’un écosystème d’innovation.[2] Un urbanisme bien conçu peut donc plus facilement contribuer à générer ces interactions.

Proposition 5

Implantation d’espaces dédiés à des activités économiques sur les campus universitaires

Afin de favoriser les échanges formels et informels entre chercheurs et entrepreneurs ; voire de constituer des sources de financement additionnel pour les universités (Paul-Sabatier, Le Mirail, Arsenal..).

Pour décloisonner les pensées et laisser émerger des voies de recherche inédites, l’ANR, Agence nationale de la recherche, préconise d’intégrer dans les équipes de recherches des universitaires, des industriels, des sociétés d’ingénierie, souvent plus petites, mais aussi des expertises sans rapport direct. Le changement de paradigme est nécessaire et passe par des coopérations renforcées entre privé et public.

[1] En savoir plus sur Walter Stahel, l’économie circulaire et l’économie de la fonctionnalité : http://www.product-life.org/fr

[2] http://lecercle.lesechos.fr/entrepreneur/tendances-innovation/221170293/comment-favoriser-ecosystemes-dinnovation-france

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